Cette vanité* restitue une partie des billets ayant été publiés sur le site Les Moissonneuses, créé le 1er août 2006 par Jenny Suarez-Ames et deux copines (Kelp et La Rubia, semblerait-il), puis co-administré — si j'ai bien compris — à partir d'août 2007 par le colonel Alfredo Smith-Garcia, qui vaporisa l'ensemble le 23 janvier 2009.
Certains billets sont bien complets de leurs commentaires, mais la plupart, non : on a fait avec ce qu'on avait.
Comme je suis une truffe en informatique, la mise en page est parfois bousculée, différente de celle d'origine. Si certaines images manquent, c'est qu'elles ont disparu des serveurs qui les hébergeaient. Quant aux liens internes des messages, la plupart ne fonctionnent évidemment plus.
Mr Paic-Machine nous signale aimablement que l'on trouve d'autres archives des Moiss' .

* Les mots en italiques sont dus à l'intelligence de l'Anonyme historique d'autres blogues, fruits plus ou moins ancillaires des Moissonneuses.

lundi 15 février 2010

19 septembre 2008 (1)

vendredi, septembre 19, 2008

Clouscard, mais aussi Stiegler



Un abruti anonymographe, dans le commentaire d'un post récent, demandait s'il y avait des prolétaires ici. Il sous-entendait ainsi que nous n'étions pas des prolétaires mais des petits-bourgeois et donc que nous n'avions pas vocation ou légitimité à parler en leur nom, ou même plus simplement à parler d'eux. Ce contre-argument, qui met la conscience politique de son émetteur au niveau de celui d'une moule, est vieux comme la bêtise. Rappelons que Marx et Engels étaient des bourgeois et heureusement, car cela leur a donné le temps de penser. Rappelons également que la définition du prolétariat en tant que classe n'ayant pas conscience d'elle-même, n'a cessé d'évoluer, de se moduler et qu'elle ne renvoie plus seulement à la classe ouvrière. A ce titre, le philosophe Bernard Stiegler, une des intelligences les plus aigües de notre temps, a prononcé une conférence remarquable aux Amis de l'Humanité, pendant la Fête. Elle était reproduite in extenso dans L'Huma de jeudi, et il déclare notamment, à propos de la notion de prolétariat:
"Par exemple, dans le Manifeste du Parti communiste, Marx et Engels expliquent que le prolétariat, cette nouvelle classe sociale, n’est pas la classe ouvrière : ils expliquent au contraire que les ouvriers, qui ont un savoir-faire, vont disparaître pour être remplacés par les prolétaires qui, eux, n’ont que leur force de travail. Pourquoi ? Parce que le savoir est passé dans la machine. Et comme tout le monde a une force de travail, la concurrence va faire baisser le prix du travail et conduire à la paupérisation. Marx ajoute que tous les employés de la société industrielle deviendront des prolétaires. C’est ce qui arrive aujourd’hui aux ingénieurs des usines de sous-traitance automobile, qui ont perdu l’intelligence des processus.

Or la prolétarisation devient au XXe siècle la perte du savoir-vivre qui affecte les consommateurs. Nous ne savons plus faire à manger, préparer nos vacances, nous savons de moins en moins nous occuper de nos enfants, entourer nos parents. Des sociétés de services le font à notre place. Bientôt nous n’aurons même plus à conduire nos voitures : elles se conduiront toutes seules sur des autoroutes électroniques. Marx ne pouvait pas voir venir le consumérisme du XXe siècle. Cette société de consommation a été orchestrée par le marketing pour lutter contre une grande découverte du marxisme : la baisse tendancielle du taux de profit."

Où l'on voit, hélas, que nous sommes tous, à un moment ou à un autre, des prolétaires.

21 approbations inconditionnelles:

Engels a dit…

J'ai lu et étudié "le Capital". Il se trouve que Marx a raison de fait, encore maintenant, ce sont les solutions pour concrétiser ses idées qui n'ont pas encore été inventées. Un prolétaire vend sa force de travail manuel. Si vous avez travaillé de vos mains, je vous félicite. Sinon, vous n'êtes pas des prolétaires. Cela n'empêche pas la conscience politique, c'est un fait. Cela ne fait pas de vous des petits bourgeois (quelqu'un qui a des idées pour la galerie progressistes et une gestion des ses biens conservatrice).

Bakounine a dit…

Ce qui est contradictoire dans le propos est que vous rejetez absolument toute contradiction de manière très immature, ce qui est à la fois très sympathique et lassant, vous voulez la Révolution, moi aussi, mais faisons là donc pour de bon bordel ! Il est temps !
(Comme tout commentaire un peu gênant, il va sauter)

Alfredo Smith-Garcia a dit…

Ne saute, cher Bakounine, qu'un commentaire sur cent, et encore quand il s'attaque à la vie privée ou met en cause sur ce plan là des personnes extérieures à ce blogue.
L'immaturité n'a jamais eu pour moi de connotation négative, au contraire. La maturité, si, ça sent la sagesse et la résignation. Et comme disait GD: "la sagesse ne viendra jamais"
Engels, tout a fait d'accord, sachant aussi qu'une dimension essentielle du prolétariat est l'a liénation et que l'aliénation aujourd'hui n'est plus seulement le fait des travailleurs manuels. D'ailleurs, avec cette définition très restrictive, le chirurgien est un prolétaire, ou le dentiste...
L'intérêt des propos de Stiegler est cette extension du domaine du prolétariat

Engels a dit…

Ok, nous sommes tous des prolétaires, mais il y en a qui disposent d'un peu plus de confort matériel que d'autres, non ? (ce qui peut être un prison dorée je vous l'accorde et crée de l'aliénation) Et qui ont des sécurités financières pour leur avenir. Il me semble qu'il faudrait passer aux actes aussi. Je songe parfois qu'il n'y a plus que la lutte armée comme alternative...

Engels bis a dit…

Et l'écrivain aussi est un prolétaire certes..
Mais vous êtes un chouïa de mauvaise foi sur la force de travail manuelle, vous voyez bien ce que je veux dire. Il y a un monde entre l'ouvrier à la chaîne même technicisée et le chirurgien.

Bakounine a dit…

Je voudrais bien ne jamais mûrir, ne jamais perdre les élans de sa jeunesse tant que ce n'est pas vivre dans un présent perpétuel. Mais il faudrait alors casser tous les miroirs chez soi.

paul a dit…

une petite video de Stiegler où il présente son bouquin
http://www.youtube.com/watch?v=y4vbDAyciLg

Christian Fauré a dit…

J'essaie de rassembler les enregistrements audio et video de Bernard Stiegler, cela peut en intéresser certains :
http://www.christian-faure.net/bernard-stiegler/

NOUVELLE CHAINE a dit…

… et il y a aussi des prolétaires qui l'ignore !

on dirait qu'on s'rait Staline a dit…

(A Bakounine). IMMATURE, un gars d'âge mûr qui se prend pour un colonel et qui derrière son ordi appelle quotidiennement les prolétaires à s'unir pour la révolution prolétarienne en buvant du Pouilly-Fumé? Vous voulez rire!

Alfredo Smith-Garcia a dit…

Je répète que l'immaturité est une revendication et une fierté. Lis Gombrowicz, anonyme fielleux.
On peut aussi appeler ça l'esprit d'enfance, chez Bernanos.
Mais bon...

Philifor ou Philidor a dit…

Merci, c'est pas souvent que Gombrowicz apparaît sur ce blogue…
"Tout, mon petit, tout est cousu d'enfant."

Anonyme a dit…

De belles références, en effet. Il ne se mouche pas du pied, le colon.

Bakounine a dit…

L'esprit d'enfance ce n'est pas l'immaturité c'est passer outre les apparences chez les autres, c'est aimer sans conditions.

Bakounine a dit…

Sinon, j'aimerais préciser que c'est moi le bernanosien, l'autre j'sais pas qui c'est

Alfredo Smith-Garcia a dit…

Bakounine, c'est exactement ce que je fais avec le communisme.
Anonyme fielleux: quand tu vois un meuble avec des planches et sur les planches des choses avec des feuilles relliées, ça s'appelle une bibliothèque. Tu prends les choses et tu te plonges dedans pendant quelques dizaines d'années, et tu verras, toi aussi tu auras des références quand tu seras grand.
En attendant, pour en revenir au post, lisez Clouscard, lisez Stiegler

Langue de bois a dit…

Une remarque en passant par chez vous : l'essentiel, physiquement parlant, des livres provient du même matériau qui les supporte dans la bibliothèque, donc en dernier ressort de l'arbre (qui dans nombre de commentaires cache la forêt).

filegoude, stomatologue et prolétaire a dit…

"la sagesse ne viendra jamais"
En fait,il s'agit d'un malentendu : la citation est due au dentiste de Guy Debord ("cette putain de dent de sagesse ne viendra donc jamais !!").
J'ai pu heureusement arranger la situation..

Pro-thésiste a dit…

Peut-être, mais ce n'est pas parce qu'il y a des prolétaires dentistes que Debord aurait supporté que l'on parle de dentisme.

jeux de mots à la con a dit…

Les existentialistes ont du Sartre entre les dents.

anonime fièleu a dit…

mon caulonelle, sa vous arangeré bien que ceu qui son pa dakor aveq vou y zest pa de cultur, et qu'y soye des con, hin? alors dacor. jean est pas mé jessairé de lir com vou, jeu vou le promè. o fête, "relier" sa pran deux aile? é bin didon, mairdalor, cé con pliqué le francé!!!

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